Dimanche 15 novembre 2009
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Jusqu'alors cantonnées à des économistes en marge ou d'écologistes radicaux, les théories des décroissants (remise en cause de l'accumulation matérielle comme source d'épanouissement et de la
croissance économique à tout prix) progressent. Des Verts à la gauche radicale, elles font des adeptes.
Il y a deux ans à peine, la thématique effrayait. Parler de sobriété économique était synonyme de limitation du progrès, un nouveau jansénisme triste. On raillait ceux qui voulaient revenir à la
bougie comme on avait moqué les premiers écologistes et leur lait de brebis bio. Même les Verts se méfiaient du mot, le jugeant trop "raide". A l'automne 2006,
Yves Cochet, alors candidat à la candidature pour la présidentielle, avait perdu la primaire interne ; son discours ouvertement décroissant
avait fait peur à ses camarades.
Depuis, la crise a sévi, la récession est là. La critique d'un système économique fondé sur la seule croissance des biens et de la consommation est générale. L'opinion n'y croit plus et d'aucuns
découvrent la théorie de la tempérance. Selon un sondage IFOP-
Sud-Ouest (réalisé les 8 et 9 octobre auprès de 955 personnes), 27 % des Français se disent
"prêts à changer en profondeur
leur mode de vie et à restreindre leur consommation de manière significative". 53 %, en revanche, concèdent n'être prêts qu'à
"des efforts limités".
"On sent la montée en puissance de comportements écocitoyens et d'une consommation plus sobre mais ce n'est pas encore la décroissance", tempère Jérome Fourquet, directeur de l'IFOP.
"Plutôt que de décroissance, il s'agit d'une autre croissance. Les Français ont envie d'un mode de consommation en harmonie entre ce qu'ils estiment bénéfique pour la société et ce dont ils ont
besoin", complète
Jean-Daniel Lévy, directeur de CSA-opinions. Le succès des Associations pour le maintien
d'une agriculture paysanne (AMAP, un réseau d'achat du producteur au consommateur) le confirme.
Les Verts l'ont compris mais essaient de présenter leur projet décroissant sans endosser les habits de Cassandre. Ils prônent désormais une
"décroissance sélective et équitable" pour
"diminuer l'empreinte écologique et améliorer le niveau de vie pour le plus grand nombre", selon les termes de
Pascal Canfin, député européen.
"La décroissance du PIB, avec la crise, on y est et cela va continuer. Il faut un projet plus sobre,
plus délocalisé et plus démocratique", plaide M. Cochet. Pour lui, cela passe par des jardins partagés, des énergies écologistes de proximité, de l'achat
"local" ou la limitation
drastique de la vitesse sur autoroutes. Voire, la limitation des naissances...
"ÇA BOUGE"
Les autres partis politiques ont plus de mal à interroger leur doxa héritée du siècle du progrès et de la croyance dans l'inépuisable
"croissance des forces productives" comme horizon
humain. La droite préfère parler de
"croissance verte", slogan repris par
Chantal Jouanno, secrétaire
d'Etat à l'écologie.
A gauche, on interroge plus profondément le modèle. Les
think tanks s'y mettent. Terra Nova a ouvert un cycle de séminaires sur le sujet et la
Fondation Jean-Jaurès un groupe de travail. La gauche politique tâtonne encore mais amorce sa mue.
Le PS avance ainsi son concept de
"croissance sélective", selon les termes de
Martine Aubry.
"Les
plus durs continuent à penser que sans croissance il n'y a pas de redistribution possible. Mais , même si les idées ne sont pas fixées, on commence à le remettre en cause ", note
Christophe Caresche, député de Paris et fondateur du Pôle écologique au PS. Comment prôner la croissance des
"biens essentiels" mais inciter à la décroissance des
"biens superflus", s'interroge la direction.
L'interrogation est la même à Attac où les avis ne sont pas encore tranchés.
"On a besoin d'une baisse de la consommation matérielle et énergétique, mais il faut encore développer des secteurs
comme l'éducation ou la santé, sinon c'en est fini d'espérer gommer les inégalités sociales", prévient
Aurélie
Trouvé, présidente de l'association.
Au Parti de gauche, des décroissants ont adhéré, comme la députée de Paris,
Martine Billard, et le politologue
Paul Ariès.
"Ils ont compris qu'on ne pouvait avoir une croissance infinie", assure M
me Billard.
Les réticences sont plus grandes au PCF, où, comme l'explique son porte-parole
Patrice Bessac, on est
"pour
la décroissance des activités inutiles et polluantes"... à l'exception du nucléaire.
Et la priorité reste, comme à l'extrême gauche, la question du pouvoir d'achat. Les Verts, eux, n'ont plus cette pudeur :
"Notre univers mental doit changer. On n'y arrivera pas avec des
petites réformes mais avec la reconversion complète de notre économie", martèle M. Cochet.
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