«La Bourse flambe à nouveau, les projets reviennent et on continue de licencier? Y en a vraiment ras-le-bol.» Alain, la cinquantaine, salarié de Renault
Flins (1) ne décolère pas. Massés derrière leurs banderoles «Non aux licenciements boursiers, patrons voyous, relaxe des six de Conti» sur les marches du palais Brongniart, l’ex-temple de la
Bourse, ils forment une étrange photo de famille. Les visages sont las, tendus. La colère, l’écœurement se déchiffrent sur les bouches.
Valeo, Michelin, Renault, Peugeot, Toyota, Goodyear, Continental, Delphi Blois, Faurecia, Freescale, Uti, Dunlop, mais aussi Téléperformance, Manpower, Molex… Ils étaient plusieurs milliers,
à manifester jeudi 17 septembre de la place de l’Opéra à La Bourse, venus en délégation de toute la France, de ces entreprises de l’automobile qui restructurent, licencient, et usent,
massivement, du chômage partiel. Depuis le début de la crise 150 000 emplois ont été supprimés dans l’industrie, 300 000 vont l’être, selon Bernard Thibault. (2)
L’initiative est venue des ouvriers de Goodyear à Amiens en grève contre 820 licenciements. (3) En accord avec les «Conti». On se souvient de l’appel de Xavier Matthieu, le délégué CGT de
Continental, le 1er septembre, «à monter à Paris», «à l’unité des ouvriers contre le mépris » à la sortie du tribunal de Compiègne après la condamnation de six d’entre eux à des peines de
prison avec sursis pour dégradations de bâtiment publics. (4)
Les fédérations CGT de la métallurgie et de la chimie ont entendu le message et sont officiellement les organisatrices de la manifestation. Mais ce sont surtout des délégations locales, des
militants de base menacés de licenciements ou en plein conflit qui sont là et forment le gros des maigres troupes. Parce qu’ils veulent dire ici, à Paris, au gouvernement, au patronat qu’ils
ne se laisseront pas mettre à terre sans «ameuter tout le pays», comme le dit un militant CGT de Peugeot.(5)
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