I -UN EXEMPLE EDIFIANT DE CASSE SOCIALE : LA POSTE
Où l’on comprend que le cas de la Poste illustre l’absurdité de l’idéologie de la privatisation...
I-A) La France dix fois plus riche, la Poste toujours plus pauvre...
Pour bien comprendre la situation, il convient de rappeler quelques chiffres. Le PIB de la France a été multiplié (en euros courants de 1990) par 10 entre 1914 et 2000. La production a donc été
multipliée par 10. On parle à tort de richesse, c’est plus que la richesse : le PIB est l’accroissement annuel du patrimoine – une partie s’envole certes en consommation, mais une part non
négligeable vient s’accumuler dans le patrimoine national. En dépit des dettes actuelles,
la France actuelle est donc beaucoup plus riche que celle de 1914, bien plus que 10 fois plus... Elle produit en tout cas 10 fois plus qu’il y a 90 ans... Eh bien,
on apprend aujourd’hui que la Poste ouvre le deuxième tiroir de son plan de réduction de ses bureaux pour 2010. Le premier volet prévoyait de passer de 19000 bureaux à 11000 en cinq ans, le
deuxième volet envisage lui de passer de 11000 à 6000 !... Ainsi donc la France de 1914 qui était dix fois moins riche qu’aujourd’hui et qui comptait seulement 40 millions d’habitants jugeait
nécessaire de maintenir 19 000 bureaux de poste et 100 ans plus tard les Français qui sont devenus 60 millions et qui habitent toujours 36 000 communes ne devraient se contenter que de 6000
bureaux. 13 000 communes perdraient leur poste au nom de la modernisation de l’économie et de la rationalisation des moyens...
I-B) La Poste ne coûte rien, mais rapporte à l’Etat...
J’entends d’ici les objecteurs (de bonne conscience...) qui diront : “oui mais ces fonctionnaires nous coûtent cher”... “on ne peut plus entretenir des bureaux dans des villages désertifiés...”
Rappelons ici à tous ceux qui maîtrisent mal le vocabulaire économique que les employés de la Poste sont certes des “fonctionnaires” mais qu’ils ne sont pas payés par le budget de l’Etat ni par
les impôts des contribuables. Ils sont payés par “les timbres poste”, tout simplement... Car la Poste est un service public marchand qui s’est toujours auto-financé par les services postaux
qu’elle commercialise. Pendant les années 80, la Poste s’est même payé le luxe de verser chaque année 4 milliards de francs en moyenne à l’Etat pour rallonger son budget... Ces sont tous ces
milliards envolés de caisses de la Poste pendant des années qui lui font peut-être défaut aujourd’hui pour provisionner largement ses pensions et moderniser certains bureaux. Alors comme on ne
peut pas moderniser tous les bureaux, on ferme les bureaux, c’est plus simple. Et la France qui avait la meilleure poste du monde s’engage sur la voie d’une privatisation de ses services. Car
c’est bien cela qui se profile derrière la suppression de 13 000 bureaux de poste. On supprime les bureaux “non-rentables”, c’est à dire ceux qui rapportent moins que ce qu’ils ne coûtent et on
garde les bureaux “juteux”, c’est à dire ceux qui rapportent plus que ce qu’ils ne coûtent. Il s’agit bien évidemment d’un déni du principe de péréquation qui a toujours prévalu dans le service
public : il n’est plus question de maintenir une égalité d’accès des citoyens aux services postaux (comment cela se pourrait-il quand on ferme 13 000 bureaux ?...) , mais de donner à l’entreprise
“la Poste” toutes les apparences d’un placement attractif pour de futurs actionnaires : on repeint la façade (“window dressing” pour ceux qui pratiquent l’anglais financier...) afin de mieux
attirer le chaland et les fonds de pension américains. Ces derniers rappelons-le exigent une rentabilité de 15% et on ne se suffira pas de 6000 bureaux : il faudra encore réduire les effectifs de
la future poste privatisée pour payer les pensions des retraités américains....
I-C) Les énarques complexés à la manœuvre...
La Poste correctement gérée ne coûte donc strictement rien à l’Etat et au contribuable et c’est simplement une idéologie de petits rentiers qui peut la conduire à s’auto-sacrifier sur l’autel du
libéralisme. Les fonctionnaires énarques qui la dirigent depuis 10 ans sont d’ailleurs tellement complexés d’être fonctionnaires et de ne pas gagner les sommes faramineuses de leurs collègues du
CAC 40, qu’ils accélèrent le mouvement de “modernisation”, c’est à dire de destruction de la Poste en tant que service public. Il en résultera bien évidemment une accélération de l’exode rural,
la désertification complète et définitive de milliers de bourgs et villages français et l’entassement des populations dans des banlieues sordides (et tout aussi sous-développées en termes de
services publics...). Encore de belles ballades en perspective pour Sarkozy à Argenteuil ou ailleurs... Bien sûr on nous parle de services alternatifs : des guichets postaux qui seraient proposés
à des tabacs ou des épiciers. Mais comment maintenir un tabac ou une épicerie dans un village ou dans un bourg quand l’hôtel des impôts, le bureau de poste, la brigade de gendarmerie et l’école
communale ont fermé ? Quand tous les habitants vont passer leur samedi à 30 kms de là, dans une zone commerciale sordide où le bureau de poste “rénové” trône sur un parking entre une “Halle aux
chaussures”, un “Norauto” et la cafétéria du “Casino” ?... Belle évolution sociale !... Comment passer de la cohésion locale à la prolétarisation culturelle régionale ! Comment transformer des
“villageois” ou des “bourgeois” dignes en consommateurs débiles qui zonent dans leur ZAC à la recherche de la dernière promo !... 100 ans de progrès industriel et social pour en arriver là
!...
II- LE PRINCIPE DE CONCURRENCE EN QUESTION
Où l’on comprend que les effets de la concurrence sont régis par certaines lois économiques qui ne sont pas généralisables à tous les marchés...
II- A) La concurrence libératrice ?
L’économie de marché trouve son apogée depuis quelques années dans une dérégulation intensive de la plupart des secteurs économiques. De privatisations en démantèlements de monopoles, d’ouverture
à la concurrence en libéralisation, la certitude est désormais ancrée dans l’esprit du public piégé par le matraquage médiatique que la concurrence est une « révolution libératrice » pour le
consommateur. Celui-ci a pu mesurer, dans les secteurs les plus tôt ouverts à la concurrence, les bienfaits qu’elle pouvait lui apporter : qui ne s’est pas rendu compte que sa facture de
téléphone avait baissé fortement. Qui n’a pu bénéficier d’un vol Paris-New York à 500 euros ? Pourtant, derrière cette apparence libératrice, se fait jour une autre évidence : “La concurrence,
c’est très emmerdant”. Car, dans les secteurs les plus concurrentiels, le consommateur se trouve confronté à une pluralité de choix très embarrassante. Il est désormais obligé de se forger une
expertise technique et économique de haut niveau s’il veut être à même de juger avec pertinence des offres qui lui sont faites. Il est, de plus, en butte à une pression environnementale très
forte : tout se passe comme si, culturellement, le consommateur avait échangé une « culpabilité chrétienne » contre une « culpabilité économique ». Ce sont ses enfants ou ses amis qui vont ainsi
tenter de le ringardiser : « Comment ? Tu n’es qu’à 512 Kbits/s ? Moi, j’ai du 2 mégabits !… » Sa femme va tenter de le culpabiliser : « Comment se fait-il que nous payions 25 euros ? Les Durand
sont malins eux, ils payent 14 euros !… » La guerre commerciale étant à son comble, celui qui veut rester à la page est obligé de jongler sans arrêt entre les différents opérateurs, au risque de
pénaliser sa continuité de service et de s’engager dans des contentieux usants… La concurrence s’intensifiant dans certains secteurs, ce qui était initialement perçu comme une fonction
libératrice tend à devenir une contrainte : les situations de monopole avaient ceci de satisfaisant pour le consommateur qu’il échangeait le regret de ne pas avoir de choix contre le soulagement
de ne pas avoir à choisir ! On comprend dès lors comment, inconsciemment, l’imposition par une politique libérale de la concurrence à tous les services publics peut provoquer un rejet massif même
si temporairement elle semble soulager le budget des consommateurs...
II-B) Pouvoirs et limites de la concurrence
Au-delà des impressions contradictoires qui peuvent naître de la « fonction libératrice de la concurrence », il apparaît aussi que cette notion pâtit de la confusion qui est entretenue dans
l’esprit du public entre « privatisation » et « libéralisation », entre « monopole » et « service public », entre « dérégulation » et « concurrence » : des monopoles peuvent être privés (cf. le
monopoles locaux de la distribution de l’eau), la dérégulation n’aboutit pas nécessairement à la concurrence (le consommateur anglais qui souhaite se rendre de Londres à Oxford en train n’a bien
évidemment pas le choix de sa compagnie ferroviaire, sauf à choisir de passer par Glasgow au lieu de Reading…), des opérateurs privés peuvent se voir confier des obligations de service public
(désenclavement des « zones blanches » ou portage des numéros pour les opérateurs de téléphonie mobile par exemples…). S’ajoute à cet aspect des choses la segmentation des fonctions qui étaient
autrefois portées par un opérateur unique : production, transport, distribution, commercialisation sont désormais parfois répartis entre plusieurs opérateurs sans que le client final ne soit en
mesure d’apprécier la pertinence de cette segmentation, ni d’en comprendre les enjeux. De cette incompréhension naît parfois un fort mécontentement face à une forme d’irresponsabilité des
opérateurs en cas de discontinuité du service : qui sait ce qui se passe exactement entre sa prise téléphonique et le serveur d’un fournisseur d’accès internet ? En cas de panne, qui en est
responsable ? On comprend donc que pour le consommateur final, « libéralisation » rime parfois avec « confusion » et « concurrence » avec « absence de transparence »…
II-C) La concurrence et la loi de l’abondance
Au-delà des remarques précédentes qui sont de nature « relationnelle » (elles correspondent au vécu, à l’expérience du consommateur confronté à la liberté de la concurrence), il existe
d’autres obstacles à une concurrence vertueuse qui sont de nature économique. Le secteur des télécoms est souvent mis en avant parce qu’il reflète le mieux les bienfaits que la concurrence
apporte au consommateur : liberté de choix – baisse de coûts – augmentation des performances – émergence et satisfaction de nouveaux besoins… Mais ce secteur dispose d’un atout bien particulier :
c’est l’abondance quasi-illimitée des ressources qui génère la spirale vertueuse des offres concurrentielles. Car les télécoms, comme l’informatique sont régis par la loi de Moore : « tous les 18
mois, la performance de systèmes est multipliée par 2 à coût égal » ; quand j’ai commencé ma carrière à la fin des années 80 dans l’informatique, les modems transmettaient à 5 Kbits/s, 20 ans
après (12 fois 18 mois), l’internet est aujourd’hui desservi commercialement à 10 Mbits/s ce qui corrobore tout à fait la loi de Moore (5K x 2^12 = 10 000K…). Nous sommes donc en présence
d’un marché où règne l’abondance des ressources. Et cette abondance est elle-même génératrice de nouvelles sources de valeur : on commence par transporter de la voix, puis des données, puis des
images, puis de la musique, puis de la vidéo ; ces flux représentant des valeurs économiques toujours croissantes. A performance égale (ou à flux égal), il est évident que les opérateurs peuvent
se livrer sans grand risque à une guerre des prix, sachant que la ressource leur coûte toujours moins cher à partir du moment où ils la partagent entre un nombre croissant d’utilisateurs… A
l’inverse dans d’autres secteurs ouverts à la concurrence, les transports aériens par exemple, l’abondance, si elle existe, n’est pas structurelle mais conjoncturelle : elle n’est pas liée au
coût complet du service (qui reste fixe) mais à son coût marginal (en fonction du taux de remplissage), ni à une évolution de structurelle de l’offre mais à une évolution conjoncturelle de la
demande (l’offre ne devient surabondante que lorsque la demande baisse du fait d’une crise économique par exemple). Dans cette situation d’abondance conjoncturelle et marginale, la concurrence
n’est pas créatrice de valeur mais destructrice de valeur à l’échelle macro-économique : la guerre des prix devient très périlleuse pour les opérateurs, il suffit pour s’en rendre compte de
regarder le nombre de faillites dans le secteur aérien. Le marché du transport aérien n’est donc pas un marché d’abondance, mais un marché ajusté (soit en pénurie de ressources en cas de reprise
de la demande, soit à l’équilibre, soit en ajustement marginal). Le marché de l’énergie n’est pas non plus un marché de l’abondance. On peut même, sans risque de se tromper, prédire qu’à moyen ou
long terme ce sera un marché de vraie pénurie structurelle. Les énergies stockables peuvent bénéficier d’un levier d’ajustement sur le moyen terme entre l’offre et la demande, mais l’électricité
qui n’est pas stockable reste assujettie à des effets de levier extrêmement marginaux d’ajustement (effets de crête). Seule une politique d’optimisation des frais généraux permet de vendre moins
cher sans que la croissance du marché génère des marges de manœuvre supplémentaires comme dans les télécoms : on comprend dès lors le non-sens que constitue l’ouverture à la concurrence du marché
de l’électricité et comment cette même concurrence a failli conduire la distribution d’électricité à la ruine en Californie. On comprend donc que la concurrence n’est vertueuse (bénéfique aux
producteurs comme aux consommateurs) que dans les secteurs économiques ou règne une situation d’abondance des ressources (comme les télécoms...) mais qu’elle est très pernicieuse dans tous les
autres secteurs où les ressources sont rares.
II-D) La concurrence et la loi de l’offre
Une autre considération est à prendre en compte pour juger des vertus de la concurrence : c’est celle de la nature du marché ; est-ce un marché de l’offre ou un marché de la demande ? Le marché
des télécoms est à l’évidence un marché de l’offre. C’est l’abondance des ressources qui génère de nouveaux besoins et partant de nouvelles offres : parce que les débits le permettent,
apparaissent de nouvelles offres de video-on-demand, de TV par internet, etc qui suscitent des besoins de consommation chez les clients du fait du désir mimétique (“je veux un téléphone 3G pour
marquer mon égalité avec mon patron”)… Ces nouvelles offres justifiant une demande croissante de ressources dans une spirale vertueuse en terme de valeur. Le secteur des transports aériens est
aussi devenu un marché de l’offre dans son versant loisir : on ne voyage pas parce que c’est une nécessité, mais parce que des offres alléchantes suscitent le besoin de s’évader… Le secteur de
l’énergie n’est pas un marché de l’offre. C’est un marché de la demande : on ne se chauffe pas plus parce que le prix du fioul baisse… On n’allume pas plus la lumière parce que le prix de
l’électricité baisse. C’est un marché de la nécessité : la multiplication des offres ne crée pas de nouveaux besoins générateurs de valeur. On comprend là aussi que la concurrence est plus
vertueuse sur les marchés d’offre et pernicieuse sur les marché de la demande. A cet égard le cas de la Poste est mitigé : les services de messagerie sont presque des marché de l’offre dans la
mesure où l’ouverture de certains services originaux créent de nouveaux besoins (notamment dans le e-commerce...). Mais les services postaux généraux restent un marché de la demande : on
n’expédie une lettre que parce que l’on en a besoin, pas parce que le prix du timbre a baissé... On comprend donc que l’externalisation et la semi-privatisation de Chronopost n’est pas forcément
idiote dans ce contexte. A contrario l’extension de cette logique à toute la Poste est absurde parce que la loi de l’offre la contrarie totalement.
III- LE ROLE DE L’ETAT
Où l’on comprend que rien ne s’est jamais fait de grand dans un pays occidental sans l’impulsion de l’Etat...
L’Etat impulseur
Qui a mené un homme sur la Lune ? Monsieur Rockfeller et son entreprise ? Ou le milliardaire Howard Hugues ? Ou encore Donald Trump ? Bien évidemment, c’est l’Etat fédéral américain qui pour des
raisons de prestige politique a investi des centaines de milliards de dollars dans la course à l’espace via l’agence nationale NASA. Evidemment quantité de sous-traitants privés en ont bénéficié.
Mais ce sont les milliards du budget fédéral (et de l’impôt) qui ont fait l’affaire. Idem en France, où le programme Concorde, puis Airbus, ainsi que le programme Ariane ont fait de l’industrie
aérospatiale française la deuxième du monde. On pourrait parler aussi du nucléaire en France, mais surtout du ministère de la Défense aux USA qui a déversé des milliers de milliards de dollars de
subvention sur les industries du Texas et de l’ouest américain... Internet en est sorti avec toute la société de l’information comme était sorti du New deal de Roosevelt le rebond prodigieux de
l’industrie américaine qui allait lui donner la suprématie mondiale en 1945. Même dans les télécoms, est-ce la concurrence qui a fait la puissance des télécoms français et américains ? Bien
évidemment non, ce sont les monopoles d’Etat en France ou les monopoles privés contrôlés par l’Etat aux USA qui ont permis à France Telecom, à Alcatel, à ATT (Lucent) de se hisser au plus haut
niveau et de bâtir des infrastructures de premier plan. En France c’est le plan de numérisation intégral du réseau des PTT lancé par Gérard Théry sous Giscard qui permet aujourd’hui à la France
d’avoir un des internets les moins chers du monde et un des taux d’équipement en très haut débit les plus importants ...
L’Etat innovateur
Pourquoi aucun industriel n’a-t-il jamais réussi à vendre une ligne TGV aux Américains ? Pourquoi un train qui mettrait le centre de New York à 3/4 d’heure du centre de Washington n’a-t-il jamais
vu le jour ? Parce que là-bas, ce type d’investissement dépend d’investisseurs privés... Personne n’est prêt à risquer 1 dollar sur un investissement rentable en 30 ans seulement !...
Imagine-t-on un seul instant que si la SNCF avait été privatisée en 1970, le TGV aurait vu le jour ? Bien évidemment non. Nous avons la réseau ferré le plus efficace, le plus ponctuel (n’en
déplaise à ses détracteurs...), le plus rapide du monde... Et bien évidemment il est de bon ton d’en appeler à sa privatisation... Qui n’aura d’autre effet que de transférer dans un premier temps
les dividendes des investissements réalisés il y a vingt ans à des intérêts privés, à faire supporter la charge de la péréquation à des collectivités territoriales et au contribuable et dans un
second temps de voir ralentir les investissements et s’user nos installations. Car des intérêts privés à la tête de la SNCF (ou de plusieurs SCF...) n’auront d’autre objectif que d’extraire
le plus rapidement possible le maximum de fric de l’entreprise à court terme, au détriment du confort et de la sécurité des voyageurs, des conditions de travail des salariés, du développement
régional du pays. Il suffit pour s’en convaincre de regarder le film édifiant de Ken Loach, The Navigators (2001)...
L’Etat investisseur
Partout où l’Etat abdique son rôle d’investisseur, les investissements privés reculent. On le constate en France depuis 20 ans. Ce sont les investissements de l’Etat, en Europe comme aux USA, qui
drainent et favorisent les investissements privés !... C’est encore une supercherie de faire croire aux électeurs que le recul de l’Etat (par la baisse des impôts et la baisse des dépenses
publiques) favorise des masses monétaires disponibles pour l’investissement. On ne l’a jamais vu nulle part. Quand l’Etat rétrécit, c’est l’épargne à court terme qui augmente. Il suffit de voir
l’état de la recherche privée et publique européenne pour s’en convaincre. Depuis que Elf et Total ont été fusionnés et privatisés et rendent compte à des conseils d’administration aux ordres de
la finance internationale, leurs investissements en R&D n’ont jamais été aussi bas ; malgré des profits records ! La situation est la même dans l’industrie pharmaceutique où ne sont plus
recherchés que des blockbusters marketing au retour sur investissement élevé mais à l’effet thérapeutique ou à l’impact en terme de santé publique très faibles...
L’Etat régulateur
Partout où l’Etat abdique de son rôle de régulateur, les intérêts privés ne concourent plus à l’intérêt général. La France de ces 10 dernières années en donne aussi un bon exemple. On peut en
effet tolérer que des monopoles soient délégués au privé à condition que l’Etat exerce une forme de tutelle. C’était le cas en France par exemple dans le secteur de l’eau. Suez (Lyonnaise des
eaux), la CGE (devenue Vivendi puis Veolia) et dans une moindre mesure Bouygues (Saur) se partageaient certains monopoles locaux de la distribution de l’eau. Chacune de ses sociétés comprenait
que son intérêt immédiat n’était pas d’abuser de sa position dominante mais de concourir à l’intérêt général. Bien sûr, il y avait de la corruption, mais pas trop. Et puis les tarifs pratiqués
étaient sensiblement équivalents aux tarifs pratiqués par les régies municipales. Tout le monde s’y retrouvait. Parce que ces entreprises étaient dirigées par d’anciens grands commis de l’Etat
qui savaient jusqu’où ne pas aller trop loin. C’était le temps du capitalisme à la française. Qui s’en plaignait ? Tout a changé quand les anciens grands commis (Messier en premier) se sont
affranchis de la tutelle relationnelle de l’Etat pour se soumettre par ambition, strictement personnelle, à la finance internationale. Il s’agissait dès lors d’obtenir des taux de rentabilité
exorbitants en même temps que des stock-options faramineuses. Et l’on a vu les tarifs s’envoler parfois à plus du double ou du triple des anciennes régies municipales que des maires corrompus
s’empressaient de privatiser. Cela n’a été possible que parce que s’est infiltrée au gouvernement (à droite comme à gauche) une idéologie libérale qui s’est mise à haïr le rôle régulateur de
l’Etat et à encenser la gestion privée.

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