Mercredi 5 août 2009
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Après les séquestrations des dirigeants, la destruction de l'outil de travail. Les salariés recourent de plus en plus à la violence - ou menacent de le faire pour médiatiser les
conflits - faute d'obtenir satisfaction sur leurs indemnités de licenciement.
Jeudi 16 juillet, des salariés de la société JLG, à Tonneins (Lot-et-Garonne), ont menacé de détruire des chariots élévateurs en attente de livraison avant d'obtenir gain de cause dans la nuit :
une indemnité comprise entre 25 000 et 30 000 euros pour chacun des 53 salariés licenciés. La veille, des salariés de l'entreprise de télécommunications Nortel avaient aussi menacé de faire sauter
leur établissement. Tandis que ceux de l'équipementier automobile
New Fabris menacent de faire exploser l'usine de Châtellerault le 31
juillet s'ils n'obtiennent pas, eux aussi, 30 000 euros d'indemnités.
Pour le sociologue
Norbert Alter, codirecteur du master Qualité de vie au travail, management, travail et développement social à
l'université Paris-Dauphine,
"ces destructions rappellent celles des luddites, artisans du textile qui cassèrent leurs machines au début du XIXe siècle, dans le sud de l'Angleterre,
se sentant menacés par l'arrivée des métiers à tisser industriels".
Pour M. Alter, ces actes désespérés ne seraient ni nouveaux ni propres à la France. Pourtant, aucun autre pays européen n'a connu ces derniers mois ce genre de manifestations.
"S'ils
réapparaissent actuellement, c'est parce que les primes patronales illégitimes exacerbent chez les salariés l'idée que l'on est dans une société de classes", insiste-t-il.
Les rémunérations insolentes de certains dirigeants, les indemnités octroyées à quelques-uns, en dépit de mauvais résultats, ont accru ce sentiment.
"Ce n'est pas tant la faiblesse des
rémunérations, mais cette différence de traitement qui est en cause", estime M. Alter, qui ajoute :
"Cette violence est une réponse au mépris." Et un procédé, semble-t-il, bien plus
efficace que les négociations classiques pour être écouté, quand les syndicats ont perdu de leur pouvoir.
Refus du don
Néanmoins, pour le sociologue,
"cette violence est aussi une conséquence de la non-reconnaissance de tout ce que les salariés ont pu donner à leur entreprise". Dans son dernier ouvrage,
Donner et prendre : la coopération en entreprise (La Découverte, 2009, 240 p., 20 euros), il met en lumière une constante de l'entreprise : le refus du don.
Certes, elle rémunère ses salariés pour leur travail. Mais pas pour ce
"travail invisible", essentiel au bon fonctionnement. Qu'il s'agisse du temps passé pour aider un collègue et dont il
ne sera jamais tenu compte. Ou des efforts consentis pour changer de poste, de fonction... Ou encore des hausses de productivité obtenues en raison des 35 heures.
On sait, depuis
Marcel Mauss et son
Essai sur le don, que, d'une part,
"refuser de prendre équivaut à déclarer la
guerre", et que, d'autre part, ne pas donner en retour est également une faute grave. Si l'entreprise refuse le don, comme l'affirme M. Alter, ses dirigeants ne doivent pas s'étonner des
dysfonctionnements, parfois violents, de la part de leurs salariés.
"Celui qui a donné se sent alors offensé, renié, explique-t-il.
Beaucoup de salariés donnent sans obtenir de
reconnaissance. Et, en haut de la hiérarchie, ils estiment que certains volent."
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