Dimanche 29 mars 2009
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Par Juan. 99° semaine de Sarkofrance. La crise disqualifie le modèle du candidat Sarkozy et son approfondissement ruine son analyse morale sur la réforme du
système.
Les Anglais ont la bonne formule : "the right guy, at the right place". La bonne personne, à la bonne place. Nicolas Sarkozy est tout l'inverse.
Le pire des présidents pour affronter la pire des crises. Cette 99ème semaine en fut une nouvelle illustration.
La pire des crises
De mémoire de générations, la crise actuelle, française et mondiale, est "hors normes". On recense quatre mille chômeurs de plus chaque jour en France depuis janvier. On nous prédit
3 millions de sans-emplois "de catégorie 1" à la fin de l'année. Les jeunes, comme souvent, sont les plus frappés. Le nombre de chômeurs de moins de 25 ans a augmenté de ... 12% en
trois mois. Martin Hirsch, le nouveau Commissaire à la Jeunesse, cherche des idées, et du soutien, pour amortir cette flambée. Il craint 150 à 250 000 jeunes demandeurs d'emplois supplémentaires d'ici décembre. Christine Lagarde l'a un peu douché : il n'y aura pas
d'enveloppe supplémentaire pour financer les 1,5 milliards d'euros qu'il demande. Nicolas Sarkozy a quand même promis quelques annonces d'ici le 15 avril...
Après un illusoire maintien en janvier, grâce aux soldes, la consommation de produits manufacturés a fléchi de 2% en février. Le moral des ménages est désespérement stable, au fonds du trou,
pas très loin du record de pessimisme constaté en juillet dernier. Environ 80 000 entreprises devraient faire faillite d'ici décembre. Les prix de l'immobilier ancien ont baissé de 5% en un
an, malgré une pénurie de 1,7 millions de logements. Notre déficit public devrait atteindre 5,4% en 2009, et l'endettement dépasse les 80% du PIB.
Dans ce contexte, les tensions sont extrêmes, le climat est quasi-subversif. Des salariés séquestrent leur
patron pour négocier leurs indemnités ... de licenciement, comme chez Sony ou 3M. Chaque jour, un nouvel excès de parachute doré ou de bonus indu est
livré en pâture à l'opinion par les médias. Et les patrons prennent peur ! Les dirigeants de Suez-GDF, après celle de la Société
Générale, ont ainsi abandonné ses stock-options dès les premiers cris d'indignation. Vendredi, Natixis, sauvée de la faillite par l'État après ses pertes de 3 milliards d'euros l'an passé, devait justifier pourquoi
elle a versé 70 millions d'euros à 3 000 collaborateurs.
Son modèle attaqué
Cette crise, la pire de nos générations actives, est peut-être la meilleure. Elle disqualifie à grande vitesse tous les schémas du passé. On pense décroissance, débrouille,
régulation, et solidarité. On roule moins, on mange différemment, on boit de l'eau du robinet plutôt qu'embouteillée. La crise change les comportements. Elle accélère la prise de conscience
collective des inégalités d'un système à bout de souffle. L'économie mondiale reposait sur l'épuisement des ressources de la planète et l'endettement des ménages, des Etats et des
entreprises. Qui peut croire qu'on doit se contenter d'un toilettage à la marge ? La crise peut nous permettre, nous contraindre à l'imagination. Encore faudrait-il un président à la hauteur,
qui protège massivement les précaires, mobilise les solidarités, et donne une vision pour la décennie à venir. Nicolas Sarkozy n'est pas cet homme. Effrayé, il préfère conforter ses
troupes et s'accrocher au système.
Son modèle est attaqué, celui d'une France qui travaille (elle n'a jamais autant été contrainte à chômer depuis 20 ans), qui fantasme la réussite de quelques-uns pour oublier l'exploitation
du plus grand nombre. Nicolas Sarkozy, acculé, tente d'abord de rassurer son camp. Mardi 24 mars à Saint-Quentin, il avait invité 4 000 militants UMP dans une salle des sports à Saint
Quentin: il ne cherchait pas à «répondre» à «l'impatience» des Français, quelques jours après la journée réussie d'action nationale du 19 mars. Il n'avait qu'un objectif :
reconquérir son camp. Son discours s'adressait à ses électeurs du 1er tour de la présidentielle: sécuritaire, idéologue, et clivant. Il tape sur les «bandes», les
grévistes, les «protégés». Il défend son bouclier fiscal (celui qui a rendu 307 millions d'euros à 834 foyers en 2008), son plan de relance de 26 milliards 4 milliards d'euros,
ses heures supplémentaires défiscalisées, ses suppressions de postes de fonctionnaires. Sarkozy est en campagne. L'a-t-on prévenu qu'il est président depuis presque 2 ans ?
Mercredi, c'était le tour des députés. Sarkozy voulait ressouder sa majorité parlementaire. Il a fait le brave :
«La crise nous rend notre liberté. Elle nous donne la possibilité de renouveler notre corpus idéologique, ça nous fait réfléchir. La période est formidable. C'est nous qui conduisons le
bateau. On n'a pas le droit d'avoir peur. Je me fais taper dessus, mais j'ai la banane. On a besoin de nous et ça paiera.» Les voix discordantes se sont tues à l'UMP. Ceux qui à droite
envisageait une loi contre les rémunérations patronales abusives ou une suspension du bouclier fiscal par solidarité nationale ont subitement changé d'avis. Tous derrière le président
!
Un président incapable de rupture
Nicolas Sarkozy défend aussi coûte que coûte le système en place: depuis septembre, il nous répète que
(1) la crise a démarré en septembre, (2) qu'elle est née des excès de quelques traders et banquiers irresponsables et (3) que la solution viendra donc d'une moralisation du
capitalisme financier. Cette semaine, il a même menacé d'abandonner son titre de co-prince d'Andorre si le prochain G20 ne moralise pas les paradis fiscaux (sic !).
«L'ami des patrons» joua aussi de sa grosse voix contre les quelques dirigeants qui jonglent avec les stock-options et parachutes dorés en période de crise.
Il fallait montrer à l'opinion qu'il pense à elle. Sarkozy jouait au Gendarme qui vient taper Guignol avec sa matraque de pacotille. Cela n'a pas suffit. Les scandales à répétition ont eu
raison de l'attentisme sarkozyen. Dès jeudi, Claude Guéant a cédé au nom de son patron : un décret encadrera dès la semaine prochaine les stock-options et les bonus des dirigeants bénéficiant
d'aides publiques. On attend avec impatience le dit décret : environ 100% des entreprises françaises bénéficient d'aides de l'État, dès lors qu'elles jouissent
d'exonérations de cotisations sociales... Sarkozy nous promet-il un «grand soir» fiscal ? Mais non ! Eric Woerth, jeudi soir sur France
2, expliquait que les exonérations ne sont pas des aides de l'État...Vendredi, François Fillon
recadrait à son tour la portée de ce futur décret «qui visera à interdire toutes les distributions de stock-options, tous les bonus dans toutes les entreprises que l'État aide directement
parce qu'elles sont confrontées à la crise». Voici la belle hypocrisie ! La crise rend criantes et injustifiables les inégalités d'un système que le pouvoir ne veut évidemment
pas corriger. Comme le dit Malakine, ce
décret ne sera pas «une mesure de régulation ou de moralisation, mais une simple mesure de gestion de l’émotion publique».
Sur le partage des profits, Sarkozy a botté en touche. Lui qui est si friand des Grenelles en tous genre, il a négligé l'idée socialiste d'une conférence générale sur les salaires et les
rémunérations. Il se contente d'incantations. Mardi, Sarkozy a ainsi confirmé qu'il attendrait l'automne pour éventuellement légiférer sur le partage des profits dans les entreprises. Vous
avez bien lu : il attendra l'automne... «J'y pense et puis j'oublie».
Le débat sur les inégalités sociales n'aura pas lieu. Sarkozy s'en occupe.
Mercredi, un autre ami du président, son ancien conseiller économique François Pérol, souffrait devant une commission parlementaire.
Mal à l'aise, il devait justifier sa nomination controversée à la tête des Banques Populaires et des Caisses d'épargne. Son nouveau salaire est modéré (550 000 euros par an), sans bonus ni
parachute doré a-t-on assuré. Mais il fait désormais l'objet d'une seconde plainte, à Paris, pour «prise illégale d'intérêt» par l'association
Contribuables Associés.
Qui a parlé de moraliser le capitalisme ?
Même en Afrique, Sarkozy nous épuise
Jeudi, le président s'est envolé en Afrique. Il aurait pu faire avancer la cause démocratique et la solidarité internationale. Mais il n'avait que trois objectifs : rassurer quelques
présidents à vie ; sécuriser davantage d'uranium pour nos centrales atomiques; et prendre un peu de recul international.
Qu'elles sont loin les promesses de campagne ! Qu'ils sont oubliés les vœux pieux du soir du second tour ! La Sarkofrance devait rompre avec la Françafrique. Il s'est même trouvé un ancien
socialiste débauché pour un secrétariat gouvernemental pour le croire et le clamer publiquement ; ça lui a coûté son poste. Jean-Marie Bockel s'occupe
désormais des Anciens Combattants. En Afrique, Nicolas Sarkozy nous a tout fait : la diplomatie nucléaire, un discours à Dakar jugé raciste, le tapis rouge pour Kadhafi le jour-anniversaire
de la Déclaration des Droits de l'Homme de l'Onu, la rapide réconciliation avec ces chefs d'État accusés en France de détournements de fonds et maintenant une nouvelle promesse de rupture
avec la Françafrique. Merci Président ! On n'en demandait pas temps.
En Afrique, Nicolas Sarkozy n'a pas répété
pas que "le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Il a renversé la vapeur, jeudi au Congo Brazzaville : «la démocratie et les droits de l'homme font partie de notre héritage commun. Ce ne sont pas des valeurs artificiellement plaquées sur votre société, et qu'une
arrogance occidentale ou française aurait décrété universelles. Il s'agit de valeurs africaines». Et plus tard, devant le parlement local, il a dénoncé la Françafrique («Je ne serai
pas le président qui assumera des accords secrets») tout en voulant soutenir cette «relation ancienne et fraternelle» dont il a «l’ambition de lui conférer une légitimité
nouvelle». Bizarrement, l'Elysée n'a pas commenté la plainte déposée par des associations contre Areva. L'un des
dirigeants du groupe français aurait suggérer au Niger de trouver les moyens de mater les Touaregs....
En Afrique, Nicolas Sarkozy n'était pas accompagné de l'encombrant Bernard Kouchner. Le
ministre des Affaires Etrangères a laissé sa compagne avec ses problèmes de rémunération et de plan social à RFI
pour assister à une réunion avec ses homologues européens, à quelques jours du G20. Kouchner n'a plus besoin de réclamer le paiement de ses anciennes consultations auprès de ses anciens clients. En Afrique, Nicolas Sarkozy a
singé son modèle Jacques Chirac, en jouant les VRP protocolaires : à
Kinshasa, il a pu signer 3 accords entre la France et la République Démocratique du Congo, relatifs à la protection des investissements français, à la
relance de la production minière avec Areva et Lafarge. Le lendemain au Niger, il est allé consolider la relation française avec l'un des pays les plus pauvres du continent et l'un des plus
riches en uranium (38% du combustible des centrales nucléaires françaises).
La Françafrique est le symbole de Sarkofrance : une fausse rupture pour un vrai statu quo.
Sarkozy, le
dernier des patrons
PDG de l'entreprise «France», Nicolas Sarkozy est ainsi le dernier à montrer l'exemple. Si prompt à stigmatiser les autres, il se garde bien de corriger ses propres
excès : 250 000 euros de salaire annuel grassement augmenté en 2008, des voyages internationaux privés à répétition (Egypte en décembre 2007, en Jordanie en janvier 2008, en Afrique de Sud en février 2008, à New York en septembre 2009, à Rio de Janeiro en
décembre 2008, à Mégève en février 2009, au Mexique en mars 2009), un nouvel Airbus
A330, doté d'une belle cafetière à 25 000 euros, un budget de déplacements qui grimpe à 10 millions d'euros en
2009. Joli train de vie pour une entreprise en pleine crise ! Les salariés de l'entreprise France se révolteront-ils ? Vont-ils séquestrer leur PDG
pour réclamer de meilleures indem' de licenciement ? Le «dernier des patrons» est mieux protégé que ses collègues du Medef. Il dit aimer le «terrain»: il est vrai que ce
terrain est soigneusement nettoyé de toute contestation. Chacun de ses déplacements ressemblent à une prise d'otages : ville vidée à 50 rues à la ronde, milliers de policiers, arrivée en
hélicoptère (à Saint Quentin) ou en Airbus, contrôle d'identité aux alentours. Le Monarque est protégé.
En France comme à l'étranger, le président s'avère incapable de la rupture nécessaire avec un modèle qui s'effondre. Qu'importe ! Pour lui, «La période est formidable» et il «a
la banane.»
Par beringei
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Publié dans : C'EST LA CRISE !$!
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