Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 09:40

Le parti de Jean-Pierre Chevènement ne participera pas au Front de gauche formé par le PCF et le PG. Retour sur un échec révélateur.


Le MRC n’ira pas. Il n’ira pas au Front de gauche. Il n’ira pas non plus aux élections européennes. Plutôt s’abstenir que d’y aller mal accompagné. C’est ce que l’on peut comprendre à la lecture de la résolution du MRC rendue public dimanche soir (à télécharger ci-dessous). Une nouvelle qui n'a pas vraiment ému les médias. Pourtant ce refus permet d’en savoir plus sur le Front de gauche, sur ce qu’il a sous le capot.


La souveraineté
 en débat

« Nous avons fait, de part et d’autre, beaucoup de concessions,
explique Sami Naïr, négociateur en chef pour le MRC, Mais, quand ça a touché les orientations identitaires, ça a bloqué. » Des concessions, de fait, il y en a eu de nombreuses : en près d’un mois de négociation, une quinzaine d’amendements ont été apportés. Et c’est en effet sur les questions « identitaires » que le « mariage » a buté : « Nous n’avons pas la même conception de l’Europe, confie le responsable du parti républicain, Nous sommes pour une Europe réaliste, une Europe à géométrie variable, une Europe articulée sur ses nations. » C’est d’ailleurs principalement sur la question de la souveraineté nationale, concept très cher à Jean-Pierre Chevènement, que les deux organisations se sont affrontées. Quand le MRC disait « souveraineté nationale », le Front de gauche répondait « souveraineté populaire européenne ». « Nous n’y croyons pas, réplique Sami Naïr, Il n’y a pas de peuple européen. Il y a vingt-sept peuples européens ». Francis Parny, chargé des relations extérieures au PCF, a pris part aux négociations avec le Mouvement républicain. Il se dit « surpris » car, d’après lui, « la souveraineté nationale n’est pas un problème pour le Front de gauche » et « participer au Front ne veut pas forcément dire fusion ».

Soit. Mais la question du souverainisme n’a pas été le seul sujet de blocage. L'immigration a aussi été au cœur des débats, le Front de gauche demandant une régularisation de tous les sans-papiers. Autre sujet débattu : la position du Front de gauche face au capitalisme. « Ils nous ont répondu ne pas vouloir le réguler ! », s'étonne Sami Naïr.

Une seule tête de liste pour le MRC 

Voilà pour la « belle » politique, celle des idées. Mais la stratégie, aussi, est importante. Dans les deux camps, on dit avoir abordé « officiellement » la question des places sur les listes seulement lors de leur dernière rencontre, le 19 mars dernier. Là aussi, ça a bloqué : « Ils ne nous réservaient que 9 places, dont une tête de liste dans le Sud-Est, confie le responsable du MRC, Cette tête de liste devait être une femme. Nous sommes pour la parité, le problème n’est pas là. Mais il avait décidé pour nous. » « Ce n’était pas maltraiter le MRC que de leur en proposer une seule. Dans une région, le Sud-Est, où ils avaient toutes leurs chances », répond Francis Parny qui explique au passage que si l’organisation de Chevènement avait accepté cet accord, trois têtes de listes serait revenues au PCF, deux aux PG et une aux Alternatifs (qui, eux aussi, ont fini par refuser de participer au Front de gauche). Quant au fait que cette place en position éligible devait impérativement être occupée par une femme, le négociateur du parti communiste précise que « la parité voulue par le Front de gauche supposait une parité des têtes de listes. » Et d’ajouter laconiquement qu’« il n’y a pas eu de contre-proposition » du MRC sur le nombre de places qui lui était réservé, laissant entendre que le parti de Jean-Pierre Chevènement ne voulait pas vraiment participer au Front...


Le Front de gauche : « une sorte de para-NPA » ?
 

Sami Naïr pourrait en dire autant à l’égard du Front de gauche : « J’ai comme l’impression qu’ils ne voulaient pas d’accord. Le PCF cherchait quelqu’un pour que ses électeurs n’aillent pas au NPA : ils ont trouvé le PG. Le PG cherchait quelqu’un pour toucher l’électorat du PS : ils ont trouvé le PCF. J’ai aussi eu l’impression que leur obsession était de rester le plus vague possible sur leurs orientations. S’ils veulent se démarquer nettement du système UMP-PS d’un côté et du système NPA de l'autre, il leur faut une position claire. Là, ils forment une sorte de para-NPA… »

Par beringei - Publié dans : EN EUROPE £%
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