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Bon, j’écris peu ces temps-ci sur ce blog mais je n’en pense pas moins… L’échec qui se profile désormais de manière très concrète d’une unité large de la gauche digne de ce nom pour les européennes m’afflige. Les calculs à courte vue, les intérêts boutiquiers et le sectarisme (d’où qu’il vienne) m’emmerdent plus que jamais et me consternent. Une fois de plus, la gauche radicale apparaîtra divisée et incohérente, alors que le scrutin des européennes était pour elle un boulevard, particulièrement propice à se faire entendre, surtout dans un contexte de crises. Comble de l’absurde : le risque de n’avoir aucun (ou presque) euro-député incarnant une gauche de refus de la logique du Traité de Lisbonne existe.
La Fédération a tenté de jouer un rôle de passerelle entre différentes cultures et traditions de la gauche radicale, elle a affirmé sur tous les tons que le Front de gauche (PCF, PG) et le NPA
devaient faire cause commune, pouvant ainsi emporter avec eux les autres traditions et courants politiques de cet espace. Et susciter ainsi une dynamique populaire significative. Notre
perspective de rassemblement large est en passe d’échouer et nous accusons, en prime, le mépris de nos potentiels partenaires.
Tout en ayant dit non à la proposition de “Front de gauche”, le NPA a accepté de rencontrer la Fédération (contrairement au PCF). Pour autant, à sa réunion en CPN (le parlement du parti) du
week-end dernier, seuls les Alternatifs ont semblé digne d’intérêt à leurs yeux.
Le nouveau parti de Besancenot a d’ailleurs réservé une tête de liste dans l’Ouest en cas d’accord avec les Alternatifs, qui se prononcent en ce moment sur leur choix pour les européennes par
un vote interne (Front de gauche, NPA ou rien ?) . Dont acte.
Le PCF, quant à lui, refuse de reconnaître la Fédération comme un partenaire potentiel car y sont présents des communistes unitaires, par ailleurs membres du Parti communiste. Pour
mémoire, aux régionales de 2004, le PCF avait été bien content de faire alliance avec Alternative citoyenne, dans lequel se trouvaient pourtant de nombreux membres du PCF - et de
récolter ainsi un meilleur score.
Je constate donc le changement de stratégie, qui est en réalité conforme avec l’objectif du PCF : renforcer son organisation et non construire une nouvelle force la dépassant. J’ai enfin noté
que ni Jean-Luc Mélenchon pour le Parti de Gauche (qui n’a pourtant pas ménagé ses efforts, depuis des mois, en faveur d’une large unité), ni Christian Picquet qui, avec une partie de son
courant Unir de la LCR a rejoint le Front de gauche, n’ont tendu la main à la Fédération à l’occasion du meeting au Zénith dimanche dernier.
J’imagine qu’ils souhaitent tout de même que nous soyons des leurs mais restent prisonniers de l’oukaze de la direction du PCF. Dont acte. Au total, chacun doit sans doute penser qu’il est
assez fort et suffisamment nombreux pour affronter, sans renfort, l’échéance électorale. Ils se passeront donc de nous…
Dans ce contexte, chacun comprendra que ce sera sans moi. Je ne jette pas l’éponge, loin de là, pour me battre contre la politique de Sarkozy, prendre une part active dans les mobilisations
sociales et contribuer à faire vivre la voix d’une gauche rouge et verte. Je refuse juste, comme à la présidentielle, de choisir un camp parmi ce que je considère comme ma famille politique.
Une fois de plus, nous risquons d’avoir affaire à une compétition de nains politiques et de perdre en lisibilité et efficacité. La situation méritait bien mieux que cela de notre part. Le
capitalisme est en crise, les luttes se multiplient et nous comptons nos différences : c’est grotesque.
Sans doute cette posture de retrait pour les européennes, juste politiquement mais pour l’heure un poil idéaliste et qui ne permet pas d’être dans l’action au moment des échéances électorales
(mais la politique ne se résume pas à cela), ne pourra pas durer toute la vie… en attendant Godot ! Dès les européennes passées, il faudra reconsidérer le champ des possibles. Pour l’heure, à
travers les “dynamiques” des listes qui se préparent, les clivages se recomposent sur des bases politiques qui me sont étrangères - au sens où je ne m’y reconnais pas. Je sais que je suis loin
d’être la seule à ressentir déception et désarroi devant tant de bétises. Je sais aussi que ce n’est pas la fin de l’histoire, que les énergies unitaires et novatrices continueront d’exister et
que, tôt ou tard, nous arriverons bien à constituer une grande formation politique porteuse d’une alternative sociale et écologique.
Du coup, je manifeste, je lis, j’écris, je rencontre plein de monde pour discuter de cet avenir. Qui nous appartient, évidemment.
Clémentine Autain
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