Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 15:14

J’ai entendu ce matin Jean-Pierre Chevènement sur France Inter. Je savais bien que le Front de Gauche avait pris contact avec le MRC pour un éventuel accord et qu’une tête de liste était même réservée si les discussions aboutissent entre eux. A vrai dire, je ne voulais pas croire une telle alliance possible. Or, ce matin, l’ancien ministre a fait la part belle au Front de Gauche, laissant imaginer qu’un accord allait donc se réaliser avec le PCF, le PG, les amis de Christian Picquet et “d’autres sensiibilités”, selon sa formule. Les bras m’en tombent. En effet, je fais partie de ces militants de la gauche de gauche qui se souviennent amèrement du parcours, des discours et des actes politiques de Jean-Pierre Chevènement. J’ose le dire sans détour : non seulement je ne me reconnais pas dans la gauche qu’il incarne mais je pense que la tonalité qui serait ainsi donnée au Front de Gauche nous ramène à une gauche préhistorique, souverainiste et étroitement républicaine, dont on se passerait bien.


Rafraîchissons-nous la mémoire… Nous lui devons notamment cette éloquente formule à destination des jeunes des quartiers populaires, ces “sauvageons”. Le ministre Chevènement fit adopter, après le 11 septembre 2001, la loi dite “sécurité et liberté” mais qui a en réalité inauguré une série de mesures de surveillance et de contrôle social sous couvert de lutter contre le terrorisme. Souvenons-nous aussi qu’il fut le père de la loi mettant fin au caractère automatique de l’acquisition de la nationalité française à 18 ans pour les étrangers nés en France. En 2002, comment oublier qu’il fut le candidat à la présidentielle qui appelait au dépassement du clivage droite/gauche ? En 2007, il faisait partie du staff actif de Ségolène Royal. Enfin, il prône une vision de l’Europe tournée vers le passé : sa ligne souverainiste dépasse la critique de l’orientation néo-libérale de la construction européenne. Pour ne pas caricaturer mon propos, je sais bien qu’il existe des sujets sur lesquels nous pouvons faire front commun. Mais ces éléments sont pourtant extrêmement significatifs d’une certaine vision de la gauche… Pas franchement en phase avec les mouvements sociaux. Je me demande bien comment un-e militant-e de RESF, pour ne prendre qu’un seul exemple, pourrait se reconnaître dans une campagne co-animée par Chevènement…


Qu’un tel accord soit susceptible de se confirmer et que le Front de Gauche choisissent alors un tel partenaire en tournant le dos, par exemple, à la Fédération (se voulant ancrée dans le mouvement, porteuse de préoccupations écolos, soucieuse de rechercher les bases d’un projet transformateur digne du XXIe siècle et résolument en soutien avec les sans-papiers), me laisse… pantois. Pas vous ? Mais à cette heure, ce n’est qu’une hypothèse. Pas de quoi s’énerver.


Clémentine Autain

Par beringei - Publié dans : EN EUROPE £%
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