La présidente du Medef Laurence Parisot a douté, mardi 17 mars, de l'utilité de la journée d'action organisée jeudi par les syndicats pour exiger un changement de cap
politique et économique. Une mobilisation que la "patronne des patrons" juge coûteuse pour l'économie française et empreinte de "démagogie".
"S'il s'agit de dire à quel point nous sommes mécontents de ce qui se passe et inquiets (...) nous pouvons tous dire ça, le patronat aussi. Est-ce vraiment utile (...) de le dire ainsi ? ",
a-t-elle lancé, lors de sa conférence de presse mensuelle.
"Merci la CGT !"
"Je voudrais qu'on se pose la question du coût d'une telle journée sans travail pour l'économie, d'autant que c'est la deuxième" après le 29 janvier, a ajouté Laurence Parisot.
La journée a aussi un "coût en terme de démagogie, d'illusions créées. C'est une facilité, je ne crois pas que ce soit une réponse", a-t-elle enchaîné, avant de s'en prendre à la CGT, accusée de
"provoquer des destructions d'emplois" à Marseille.
"On reproche beaucoup de choses aux chefs d'entreprises en ce moment (...) mais je voudrais qu'on parle aussi de la responsabilité de la CGT sur la disparition d'entreprises à Marseille", a
attaqué la présidente du Medef, sans citer les entreprises concernées.
Faisant allusion au dépôt de bilan du dernier chantier de réparation navale marseillais, l'UNM, elle a lancé : "Je crois qu'on peut dire merci la CGT!".
La direction de l'UNM (Union Naval Marseille, groupe espagnol Boluda) avait elle-même imputé à la CGT sa mise en liquidation judiciaire le 10 mars.
La CGT a fait appel du jugement du tribunal de commerce.
Le secrétaire général de la CFDT François Chérèque estimé mercredi 18 mars sur i-Télé que les propos de la présidente du Medef Laurence Parisot sur la "démagogie" du
mouvement social sont "insupportables".
Interrogé sur la déclaration de Laurence Parisot la veille, François Chérèque a souligné que "ces propos, dans les oreilles des salariés licenciés", pouvaient être ressentis comme
"insupportables".
"La présidente du patronat dit aujourd'hui qu'exprimer ses difficultés (...), c'est de la démagogie. C'est insupportable ces propos-là", s'est-il emporté.
François Chérèque a par ailleurs accusé Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, d'avoir déformé ses propos "pour faire une polémique" à de "basses fins politiques" en reprenant le mot de
"rapace" pour qualifier l'intervention du dirigeant socialiste Laurent Fabius sur les risques de "révolte" sociale.
Aubry "choquée"
La première secrétaire du PS Martine Aubry s'est dite mercredi sur Canal + "excessivement choquée" par les propos de la présidente du Medef, Laurence Parisot, qui a qualifié de "facilité" la
journée nationale d'action jeudi.
"J'ai trouvé ses propos indécents et je dirais même peut-être indignes lorsqu'elle s'attaque à une organisation syndicale qui défend, soutenue par les Français, la situation actuelle,
c'est-à-dire des Français inquiets face à l'arrivée massive des licenciements, face à un pouvoir d'achat qui baisse", a lancé la maire de Lille.
Laurence Parisot avait estimé mardi que la journée d'action a un "coût en terme de démagogie, d'illusions créées". "C'est une facilité, je ne crois pas que ce soit une réponse", a-t-elle déclaré
mardi, avant d'accuser la CGT de "provoquer des destructions d'emplois" à Marseille.
"Aujourd'hui, nous n'avons que des patrons qui parlent finance à court terme et je n'entends pas de la part du patron des patrons, Laurence Parisot, un autre discours", a répliqué Martine
Aubry.
Selon elle, Laurence Parisot "n'aide pas notre pays à sortir de la crise". "Elle défend les grandes entreprises, les banques", a ajouté Martine Aubry jugeant qu'il serait plus conforme à la
"morale" de réclamer "une loi qui limite les rémunérations des patrons, les stocks options et les parachutes dorés".
"Un archaïsme d'un autre temps"
Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a répondu aux critiques de la présidente du Medef Laurence Parisot, qui fait preuve "d'archaïsme d'un autre temps" en accusant la CGT de
"démagogie" et de détruire des emplois.
Au lendemain des propos de Laurence Parisot, Bernard Thibault a rétorqué sur Europe-1 que "Mme Parisot est dans une extrême difficulté pour justifier ce qui se passe dans les entreprises, pour
justifier les aides publiques dont bénéficient le grandes entreprises qui restructurent aujourd'hui et tentent pour s'en sortir de porter le discrédit sur le premier syndicat de salariés de notre
pays".
Evoquant le soutien apporté à d'une entreprise espagnole qui fermerait à Marseille car ses salariés ont revendiqué, le leader de la CGT a noté que "si par là Mme Parisot (...) laisse entendre
qu'il n'y a plus de place pour la revendication, je crois qu'elle va être déçue. Elle fait preuve d'un archaïsme d'un autre temps et elle contribue à sa manière à tendre un peu plus la
situation".
"Il ne faudra donc pas s'étonner que cela provoque un peu plus de participation encore dans les manifestations de jeudi avec singulièrement le MEDEF comme cible", a-t-il prévenu.
"Je suis optimiste par rapport à la journée de demain parce que tous les ingrédients sont là: on nous annonce une participation qui va être plus forte que celle du 29 janvier", a prédit Bernard
Thibault. "Je ne vois pas comment le gouvernement le chef de l'Etat mais aussi les directions d'entreprises vont pouvoir ignorer cette mobilisation".
Mardi, la patronne des patrons a attaqué directement la CGT qui fait de la "démagogie", jugeant que "c'est une facilité" et pas "une réponse".
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