Jeudi 12 février 2009
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(lefigaro.fr) Dans un entretien au Figaro.fr, le spécialiste de l'extrême gauche Denis Pingaud pense que le Nouveau parti anticapitaliste «tire sa force de l'image puissante de
Besancenot» et peut «gêner les efforts du PS pour recréer une dynamique d'alternance pour 2012».
Une dissolution pour mieux renaître de ses cendres. La Ligue communiste révolutionnaire s'est dissoute jeudi pour laisser la place ce week-end à un Nouveau parti anticapitaliste (NPA), emmené par
Olivier Besancenot, et qui revendique déjà 9.000 adhérents.
La Ligue communiste révolutionnaire s'est auto-dissoute ce jeudi, ouvrant la voie à la création du Nouveau parti anticapitaliste. Quelles différences ?
Denis PINGAUD - Le projet du NPA est de rassembler autour du noyau de la LCR des jeunes militants syndicaux ou associatifs voulant en découdre avec la politique de la majorité actuelle et
n'ayant aucune sympathie pour les partis de gauche ou les syndicats traditionnels. L'image d'Olivier Besancenot, la crise économique et sociale et l'atonie du Parti socialiste comme force
d'opposition donnent une crédibilité à ce projet qui vise à marginaliser toutes les forces politiques à gauche de la gauche comme le Parti communiste, le nouveau Parti de gauche ou les divers
groupuscules antilibéraux. Dans un contexte de mobilisations sociales, ce projet peut constituer une force radicale qui bouscule le champ politique en gênant notamment les efforts du PS pour
recréer une dynamique d'alternance pour 2012. La véritable question est de savoir si le NPA pourra gérer la contradiction entre sa ligne politique - l'indépendance totale vis-à-vis du reste de la
gauche - et son électorat - qui reste profondément unitaire.
Le Nouveau parti anticapitaliste peut-il fédérer l'ensemble de la gauche radicale ?
Le NPA, s'il réussit son pari militant et électoral, peut devenir la force politique de référence à gauche du Parti socialiste et, du même coup, rendre obsolètes les différentes tentatives de
regroupement autour du Parti communiste et du parti de Jean-Luc Mélenchon. Sa limite, toutefois, est que l'électorat radical de gauche, en France, espère avant tout que le parti d'Olivier
Besancenot adopte une posture d'aiguillon pour la gauche, plutôt qu'une posture d'isolationnisme éludant la question de futures alliances pour conquérir le pouvoir. Selon une étude d'OpinionWay, 90
% des électeurs de Besancenot souhaiteraient que celui-ci participe au gouvernement si la gauche devait gagner les élections en 2012 !
Le NPA peut-il devenir un handicap électoral à la gauche traditionnelle comme le FN l'a été pour la droite pendant 20 ans ?
Le parallèle entre le NPA et le Front national n'est pas valide en raison de la structure différente de leurs électorats. Les électeurs frontistes sont hors système et peuvent voter contre leur
propre camp de la droite. Les électeurs du NPA, au moins jusqu'à aujourd'hui, manifestent une très forte discipline à gauche dans les scrutins à deux tours. Si la ligne du nouveau parti d'Olivier
Besancenot devait être «ni droite ni gauche» en 2012, il n'est pas certain que son électorat suivrait. Mais c'est évidemment un risque à prendre en considération pour le PS. Les rapports avec le
Parti socialiste vont d'ailleurs rester très distants dans la période qui s'ouvre. Le NPA ne proposera que des mobilisations unitaires ponctuelles sur les grandes questions sociales d'actualité
mais se refusera à toute discussion unitaire en termes électoraux ou de projet gouvernemental.
Bénéficie-t-il réellement de la crise économique mondiale ?
Le discours anticapitaliste du NPA trouve naturellement un écho particulier dans le contexte de crise actuelle. Il est en phase avec le sentiment très pessimiste des Français sur les solutions
possibles à la crise du système financier et à ses conséquences économiques et sociales. Mais l'histoire enseigne que, dans ce genre de situation, les opinions peuvent basculer très vite vers des
solutions démagogiques ou populistes.
Cet assemblage de groupuscules ne risquent-ils pas de se disloquer à plus long terme ?
Le NPA n'est pas un assemblage de groupuscules. Il tire sa force de l'image puissante d'Olivier Besancenot dans l'opinion de gauche, sympathisants socialistes compris. Cette image favorise la
cristallisation électorale d'un vote NPA. Le risque qu'il encourt à moyen terme, à se maintenir dans une position très critique vis-à-vis du reste de la gauche, est que ses électeurs se détournent
de lui si le Parti socialiste parvient à redonner consistance à un projet d'alternance à la majorité actuelle. Auquel cas ne restera que le noyau dur de la LCR.
Quel score peut espérer le NPA aux élections européennes du 7 juin ?
Les intentions de vote pour les élections européennes donnent le NPA entre 8 et 10 %. Un tel score, s'il était confirmé, installerait ce nouveau parti comme la principale force à gauche du PS dans
le paysage politique. Mais il ne s'agit que d'intentions de vote à quatre mois du scrutin. Cela dit, on sait, par expérience, qu'il n'est jamais favorable aux partis de gouvernement.
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