Lundi 9 février 2009
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Historien spécialiste de l'extrême-gauche, Serge Cosseron* explique au JDD.fr pourquoi la dissolution de la LCR et la création du NPA constituent un "moment
historique " et en quoi la figure d'Olivier Besancenot a été déterminante dans cette aventure. Enfin, il avance que le Nouveau parti anticapitaliste devrait avoir ses propres listes lors des
Européennes, pour asseoir son leadership à la gauche de la gauche.
La LCR tient ce jeudi son congrès de dissolution. Est-ce un événement fréquent?
Qu'une organisation se dissolve, cela s'est déjà vu en France. La gauche prolétarienne, par exemple, s'est auto-dissoute en 1972-1973. On sait aussi que la marque de fabrique du parti
lambertiste, c'est de se transformer de parti en parti depuis quarante ans. Mais là, c'est un moment historique, car ce courant trotskiste s'est dissout en ayant préparé parallèlement une
véritable transformation. En fait, il nous présente une mutation. Il y a un projet politique qui se superpose à un autre.
Avec cette mutation, il y a deux mots très connotés "communiste" et "révolutionnaire" qui disparaissent au profit d'un vague "anticapitaliste", quel en est le sens?
C'est l'abandon - partiel puisque la conception de la révolution et le primat donné aux classes populaires subsistent - mais visible de la thématique trotskiste. Le fait d'amener la problématique
écologiste au premier plan dans le nouveau programme, c'est important. Cela prouve qu'il y a une ouverture du NPA à toutes les thématiques les plus récentes de résistance et de critique de la
société capitaliste.
Sans Olivier Besancenot, aurait-il été impossible pour la LCR de mettre sur pied le NPA?
Tout à fait. L'un des éléments qui lui permet de faire cette mutation, c'est l'efficacité du choix d'Olivier Besancenot au poste de porte-parole, qui lui a permis de s'adapter à une société
médiatique, tout en arrivant à faire passer un discours. Son succès permet à la LCR d'élargir son audience dans l'opinion. La constitution du NPA, c'est "l'effet Besancenot" qui s'accroît.
Aujourd'hui, il lui permet même d'assurer une hégémonie à gauche de la gauche. Sa force d'attraction est telle qu'il a donné une nouvelle dimension à la stratégie de la LCR: le parti ne pouvait
plus être seulement une organisation de type gauchiste. Les trotskistes ont trouvé là l'opportunité de passer à un autre niveau. Bien sûr, ils sont loin d'être encore un parti de masse (9000
adhérents revendiqués, dont 3000 issus de la LCR, Ndlr).
Passer à un autre niveau, c'est-à-dire ?
Leur objectif est de pouvoir peser politiquement dans l'importante recomposition politique à l'oeuvre actuellement. Si Jean-Luc Mélenchon quitte le Parti socialiste pour créer le PG, c'est
justement parce qu'à gauche du PS, une force émerge et monte de plus en plus haut. C'est un élément qui change la donne. Jean-Luc Mélenchon essaie de voir ce qu'il peut en tirer. Il y a aussi la
création de la Fédération pour une alternative politique et sociale. Alors que l'extrême gauche est divisée, la vocation du NPA est d'en apparaître comme le pôle le plus efficace et le plus
conséquent.
Le NPA? "c'est aussi grave pour le PS que pour la droite quand le FN était à 15-20%"
Justement, n'est-ce pas un échec pour le NPA de voir que, parallèlement à sa création, de nouvelles forces se sont créées dans son espace politique ?
Les Jean-Luc Mélenchon ou les Clémentine Autain n'ont dans tous les cas aucun intérêt à servir la soupe à Besancenot. Il y a une concurrence accrue entre tous ces partis, qui essayent de
cristalliser autour d'eux, et qui à terme pourraient se regrouper. On ne connaît pas encore le chemin du NPA, il se "droitisera" peut-être et pourra envisager, dans trois à cinq ans, des
alliances. Tout est ouvert, la création même du NPA, par rapport à la doxa trotskiste, le prouve. Pour l'instant, ils sont dans le refus de prendre des responsabilités politiques. Mais dans trois
ans, on ne sait pas.
Jean-Luc Mélenchon propose des listes communes pour les Européennes. Olivier Besancenot n'y semble pas vraiment favorable...
A court terme, je ne pense pas que le NPA a intérêt à faire des listes communes. A mon avis, il partira seul. Le parti de Besancenot ne veut pas travailler avec des gens qui n'ont pas une vision
claire par rapport au PS. Et puis, ces élections peuvent permettre au NPA d'asseoir son leadership à la gauche de la gauche, ils ont tous les éléments pour cela. Alors, certes, Jean-Luc Mélenchon
a commandé ce sondage à Ifop, où un ‘front de gauche' recueille 14,5% des voix, alors que lui-même, je pense, ne représente que 2% ou 3%. Il essaye de se raccrocher au wagon. S'il y a une
alliance elle se fera a minima, sous la contrainte. Peut-être sous celle des deux tiers de nouveaux militants, qui vont pencher pour l'union à gauche, alors que les anciens sont plus
circonspects.
Pour un si jeune parti, la querelle des anciens et des modernes, c'est un risque?
Evidemment, c'est le gros problème aujourd'hui. Mais les élections européennes peuvent lui permettre de passer cet écueil. S'investir dans la campagne et obtenir un bon résultat permettra
d'amalgamer tout le monde, les anciens et les nouveaux autour d'une expérience commune.
Le NPA posera-t-il plus de problème au PCF ou au PS ?
Sur le fond, le NPA s'adressera plus aux électeurs communistes qu'aux socialistes. Mais sur le plan de l'influence, le NPA est terrible pour un PS, qui a perdu son aile la plus à gauche, dont les
militants vont sans doute partir. Le NPA est aussi grave pour le PS que le FN à 15-20% l'était pour la droite. Certes, le NPA n'est pas encore aussi haut, mais ça va monter. La pression va être
très importante. Elle va paralyser le PS, qui a déjà peu de marge entre son discours et la réalité sociale et politique. Tout gauchissement du PS va apparaître comme une tentative de séduction,
de course après l'extrême gauche, comme de la basse politique. Les socialistes sont coincés, très coincés.
Par beringei
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Publié dans : NPA
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