Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /2009 08:40
Un éternel recommencement. Un quartier de Fréjus (Var) vient de connaître deux nuits de violences urbaines après le décès d'un jeune homme qui avait voulu échapper à un contrôle routier, dimanche 25 octobre. Ces explosions de colère récurrentes interviennent quelques mois après des épisodes similaires à Bagnolet, Firminy et Amiens. Elles font aussi écho aux nuits d'émeutes provoquées par le décès de deux jeunes à Villiers-le-Bel en novembre 2007 et à Clichy-sous-Bois en octobre 2005.

Dans le premier dossier, la juge d'instruction vient de rendre une ordonnance de non-lieu en faveur des policiers. Dans le second dossier, la justice n'a toujours pas terminé l'instruction, quatre ans après les faits. Avocat des familles dans ces deux affaires, Jean-Pierre Mignard, par ailleurs membre du conseil national du PS, s'interroge sur l'attitude des pouvoirs publics face à ces situations de crise.

La justice fonctionne-t-elle correctement sur les affaires impliquant jeunes de banlieue et policiers ?


A l'évidence, non. Je constate des similitudes pour Clichy-sous-Bois et Villiers-le-Bel. Dans les deux dossiers, le pouvoir n'a pas immédiatement désigné de juge d'instruction pour conduire des investigations indépendantes. Sa logique était de confier les affaires au parquet, dont on sait qu'il est subordonné à l'exécutif. Dans les deux cas, cela a contribué à alimenter un climat de suspicion sur l'impartialité de l'enquête et nourri les violences, parfois très graves, qui ont eu lieu. A Clichy-sous-Bois, il avait fallu huit jours, à Villiers-le-Bel trois jours, pour que des juges soient désignés. Même si je n'ignore pas que d'autres facteurs ont pu intervenir, à chaque fois le calme est revenu très vite dans ces deux villes après l'annonce d'enquêtes indépendantes.

La désignation d'un juge d'instruction est-elle une garantie suffisante ?


Cela change fondamentalement la situation, car cela donne aux familles des victimes la possibilité d'accéder au dossier et de comprendre ce qui s'est passé. C'est donc un facteur de pacification. Tant qu'on reste dans l'ignorance, ce sont les rumeurs qui circulent, avec le risque de favoriser les violences. Mais cela ne fait pas tout : si on prend l'exemple de Clichy-sous-Bois, l'enquête a inutilement traîné en longueur, sur plus de quatre ans. Trois juges se sont succédé, dont l'un qui a tout repris à zéro, alors que l'enquête était quasiment terminée. Cela explique qu'on ait eu deux reconstitutions et trois transports sur place. Quatre années, c'est considérable : j'y vois le signe d'une volonté d'obstruction. Comme s'il fallait absolument gagner du temps avant que l'affaire n'apparaisse publiquement devant un tribunal.

Clichy-sous-Bois et Villiers-le-Bel impliquaient les mêmes acteurs principaux : jeunes contre policiers. Les traitements judiciaires ont-ils été similaires ?


Au fond, l'institution judiciaire a du mal à penser qu'un jeune de banlieue puisse aussi être une victime. Elle agit comme s'il ne fallait pas porter atteinte au moral des fonctionnaires de police, comme on disait, en temps de guerre, qu'il ne fallait pas porter atteinte au moral des troupes. Je crains que cette logique de guerre mentale, qui ne dit pas son nom, produise des effets délétères et qu'on vive bientôt ce que les Etats-Unis ont connu il y a quelques décennies en termes de violences. Cette situation est très dangereuse. Pour les jeunes, bien sûr. Pour les policiers, qui sont les victimes directes de ces rumeurs. Pour la République, aussi, parce que la loi perd sa force. Il est impératif de chercher à restaurer un climat de confiance. Car, sans justice, les politiques sociales, scolaires, urbaines ne pourront jamais être efficaces.
Propos recueillis par Luc Bronner

Source: www.lemonde.fr
Par NPA Sud Deux Sèvres - Publié dans : JUSTICE ?!?
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